23 novembre 2009
"Chez le psy" par Paco
Chez le Psy
Pièce en trois épisodes
Paco
ÉPISODE 1 :
Raymond et un inconnu sur le banc.
Raymond : Excusez-moi, Monsieur, je vois que vous lisez un article sur la psychanalyse.
Inconnu : Oui, oui, je suis moi-même en analyse.
Raymond : Ha ! Avez-vous une grave maladie ? Si ce n’est pas trop indiscret.
(L’homme regarde avec étonnement Raymond)
Inconnu : Grave, grave, tout est relatif, mais quand je sors de chez le psy, je vais mieux.
Raymond : Vous voulez dire qu’il n’a toujours pas trouvé ce que vous aviez et que vous venez souvent ?
Inconnu : Deux fois par semaine.
Raymond : Deux fois par semaine et toujours pas guéri ?
Inconnu : Comme vous dites, toujours pas guéri.
Raymond : Et ça fait mal l’analyse ?
Inconnu : Parfois je sors pire qu’en y rentrant.
Raymond : Alors, pourquoi continuez-vous à y aller ?
Inconnu : Parce que parfois, çà me libère de parler de ce qui me préoccupe, mais quelques fois la douleur est tellement intolérable, je ne devrai pas vous le dire, j’en pleure.
Raymond : Faut pas vous mettre dans des états pareils. Moi, dans ce cas là, je descends deux étages et je vais chez ma concierge, elle me fait la causette, on boit un coup et tout de suite ça va mieux. Si vous dîtes que c’est tellement douloureux, je ne sais pas si je vais le voir, le psy.
Inconnu : Quand je sors et que ça ne va pas, je suis obligé d’écouter mon chanteur préféré : Billy Halldol, matin midi et soir, assorti d’un petit Tercian.
Raymond : Depuis que j’habite Pigalle, quand je vais mal, je préfère me détendre au fast-foutre…
Inconnu : C’est une thérapie comme une autre, ma foi.
Raymond : En tout cas, je fais de drôles de rêves. Des rêves dont, le plus souvent, je n’ai aucun souvenir, mais qui sont tellement terrifiants que je me réveille en sueur.
Inconnu : Mais justement parlez-en à un psy. Je vous conseille le mien, il est très bon c’est le meilleur sur la place de Paris.
(Raymond, baissant la voix et s’approchant de l’oreille de l’inconnu)
Raymond : Vous savez, j’ai vu un voyant qui avait délaissé le marc de café pour le marc de bourgogne. Et bien il m’a dit que j’étais possédé par un esprit mauvais.
Inconnu : Un mauvais esprit, vous dites ? Et alors ?
Raymond : Il m’a fait tellement fait peur que ça a fait fuir l’esprit je crois. Il voulait même me faire exorciser, mais le mauvais esprit s’est volatilisé en moins de deux.
Vous qui voyez si souvent le psy, il n’a toujours pas trouvé le remède miracle comme mon marabout, je veux dire une belle trouille. Je me vois mal venir dix ans pour des cauchemars sans aucune solution. Voyez, quand ça va vraiment mal, quand je ne vois plus d’issue, lorsque c’est la chienlit, il faut les grands moyens. Chez Renée : je descends chez elle et on vide quelques bouteilles. Après, croyez-moi, je ne sais plus si je suis assis ou de bout et je ne me souviens plus de ce que j’ai fait en me réveillant.
Inconnu : Moi je ne supporte pas l’alcool et mes idées sont toujours là, obsédantes.
Raymond : Si elles sont obsédantes, pourquoi y allez-vous, si vous voulez arrêter d’y penser ?
Inconnu : Je sais bien, mon bon monsieur, mais qu’est-ce que vous voulez, c’est plus fort que moi. Remarquez, les choses vont quand même mieux qu’au début et dans mon esprit, avec l’aide de monsieur Lemoine, mon psy, une petite lumière guide mes pas.
Raymond : Etes-vous sûr que c’est un bon médecin, ce monsieur Lemoine ? Car, comme on dit, il y a de mauvais boulangers… et de plus, l’habit ne fait pas le moine.
Inconnu : Je vois que vous avez de l’humour.
Raymond : Mais dites-moi, si vous le voyez depuis tellement longtemps et qu’il n’a toujours pas trouvé ce que vous aviez, ne vous prendrait–t-il pas pour une vache à lait, voire un pigeon ?
Inconnu : Comme vous y allez ! Je vous ai dit que c’était le meilleur psy de la place de Paris !
Vous m’avez dit de ne jamais vous rappeler les cauchemars qui vous faisaient réveiller en sueur, mais est-ce qu’il vous arrive de vous rappeler parfois de quelques rêves ?
Raymond : Ca m’arrive, quand je rentre dans un état potable de chez Renée. Je me souviens d’un rêve, c’était une bouteille de vin, ce devait être un Pétrus d’une bonne année. Elle était à moitié vide …
Inconnu : Justement, voilà un point important, vous venez de dire quelque chose d’importantissime. Rappelez-vous, était-elle à moitié vide ou à moitié pleine ?
Raymond : Dans mon esprit, elle était à moitié vide, mais je ne suis pas sûr d’être celui qui l’ait vidée.
Inconnu : C’est important. Etiez-vous triste ou impliqué dans cette bouteille ?
Raymond : J’étais plutôt triste, puisque maintenant je m’en souviens. Je l’avais payée au prix fort et, de n’être pas sûr d’en avoir le goût, c’était du gâchis. Et tout à coup ça a tourné au cauchemar dans ma tête. J’ai été obligé, pour m’en remettre, d’aller en déboucher une autre.
ÉPISODE 2 :
Raymond et Renée
Renée : Bonjour Monsieur Raymond, je viens de faire le ménage chez vous et vider les cadavres de la veille. Dites donc, vous avez dû faire la fête hier soir ?
Raymond : Des cadavres, des cadavres, quand je suis sorti ce matin il n’y avait pas un seul quidam chez moi. En fait j’ai tellement mal au ventre que je vais prendre rendez-vous avec un psy.
Renée : Ça soigne les maux de ventre ces « bêtes » là ?
Raymond : En tout cas, pour celui-ci on m’en a dit le plus grand bien.
Renée : Entrez donc chez moi, j’ai pas de Maalox, mais mieux que ça et meilleur que tous les produits qu’on pourra vous vendre en pharmacie. Je viens de recevoir un petit vin d’Anjou, de derrière les fagots dont vous m’en direz des nouvelles.
Raymond : Vous chauffez au bois ? En tout cas, c’est pas de refus ; il commence à faire chaud et je commence à avoir soif.
Renée : Alors comme ça vous allez voir un psy ?
Raymond : Et oui, avec mon sommeil difficile, mes maux d’estomac et mes pensées négatives depuis que j’ai quitté le Rouergue…
Renée : Moi, je sais ce qu’il vous faut.
Raymond : Ah oui, et quoi donc ?
Renée : Mais c’est évident, c’est une femme qu’il vous faut, qui vous comprenne, qui vous soigne, qui partage vos joies et vos peines. Sans me vanter, je crois être la femme de la situation.
Raymond : Je ne voyais pas la chose comme ça ! ( En aparté). Mais, ne laissons pas refroidir ce p’tit vin. A la bonne votre. Ah, là tel que vous me voyez, je suis prêt à affronter le psy. J’ai pris une bonne douche, changé de p’tit linge et mis mon costume du dimanche, comme je vous le dis, prêt à l’affronter.
Renée : Vous êtes sûr que je ne ferai pas l’affaire. Je finirai bien par vous convaincre, cher Raymond.
Raymond : C’est fort gentil à vous mais vous savez, ma femme m’en a tellement fait voir qu’à présent je n’y crois plus. (Il est bon ce petit vin).
Renée : Je vous l’avais dit, c’est une commande spéciale.
Raymond : Comme c’est la première fois que je vais le voir et qu’on m’a dit que ça pouvait durer longtemps, j’ai pensé à lui apporter quelques produits du pays dont un saucisson pur porc fait masure.
Renée : Je ne sais pas si c’est dans les usages de la capitale, mais pourquoi pas.
Raymond : En tout cas, ça brisera la glace et peut-être qu’il offrira l’apéritif comme ça se fait par chez moi.
ÉPISODE 3 :
Chez le Psy
Raymond : Ca fait une demi-heure que j’attends… Si je suis venu, c’est sur la recommandation de quelqu’un qui m’a fait l’éloge de vous. Oh ! Mais c’est beau chez vous, ces peaux de zèbre sur le sol et ces têtes d’animaux sur les murs. Vous faites vétérinaire aussi ou peut-être empailleur ?
Psy : Non, non, rassurez-vous, en fait, je m’applique à donner un sens à la vie des personnes qui sont dans l’expectative, parfois angoissées par le futur. L’existentialisme en somme. Bien, allongez-vous sur le canapé.
(Raymond commence à délaçer ses chaussures)
Raymond : Je peux garder quand même mes chaussettes.
Psy : Mais oui, mais oui, ça ira comme ça. Bon, allongez-vous, si vous voulez, fermez les yeux et essayez d’aller loin dans vos pensées. Trouvez quelque chose qui vous a marqué quand vous étiez petit.
Raymond : Je vous raconterai bien, avec plaisir, quand la chatte de la maison a eu des petits et comment mon père les a noyés, mais c’est sans intérêt. Pour l’instant ce que j’aimerai savoir… combien coûte la consultation ?
Psy : Nous en parlerons à la fin. Justement vous avez évoqué votre père, racontez-moi quel genre d’homme était-il ?
Raymond : Bah, c’était un homme quelconque, mais bon, est-ce qu’on va parler de mon père, que Dieu ait son âme, ou bien du mal qui m’empêche de digérer agréablement le Pétrus ?
Psy : Vous savez, cher Raymond, je suis psychanalyste, je traite les maladies de l’âme. Si vous avez des problèmes avec l’alcool, il faut consulter un confrère psychiatre, c’est plus dans ses cordes.
Raymond : On m’aurait mal aiguillé ? Pourtant le monsieur sur le banc m’a dit le plus grand bien de vous. Remarquez, le pauvre me disait, et je ne devrais pas vous le dire, qu’il faisait les mêmes rêves d’angoisse à longueur de nuits et que même s’il trouve que vous êtes un bon praticien, il lui arrivait de pleurer et de se sentir plus mal… pire en sortant qu’en rentrant chez vous. Vous ne trouvez pas qu’il serait temps de faire quelque chose pour lui ? Moi, je lui ai raconté ma vie, lui la sienne et je l’ai senti au bout du rouleau, et être au bout du rouleau au printemps c’est vraiment triste.
Psy : Qu’est-ce que vous attendez de moi ?
Raymond : Je pensais que vous alliez me le dire… le toubib c’est vous!
Psy : Laissons de côté ce monsieur, que par ailleurs je connais bien et qui ne va pas si mal que ça et parlez-moi de vous, bon sang.
Raymond : Oh, là, doucement, n’élevez pas le ton avec moi. On n’a pas élevé les chatons ensemble, à vous voir, je revois mon père allant commettre l’innommable.
Psy : Je crois que l’on va s’arrêter là et je vous conseille de réfléchir, de vous rhabiller et aussi de penser, si vous avez l’intention de revenir. Dans ce cas là, ayez des idées moins belliqueuses. Moi, tout ce que je cherche c’est à aider mon prochain et j’espère que les gens qui viennent me voir sont dans de bonnes dispositions et prêts à jouer le jeu.
Raymond : Je croyais que le docteur Knock ça n’existait plus, je m’étais trompé. Vous savez ce que je pense : c’est qu’il y a de mauvais boulangers, comme il y a de mauvais psy.
Psy : Pensez ce que vous voudrez, moi j’ai ma conscience tranquille. Pour conclure vous me devez 120 €.
Raymond : Quoi, je vous dois 120€ ? Attendez, si je compte bien, c’est presque le prix d’un Pétrus et en plus vous ne m’avez même pas prescrit du Maalox pour mes maux d’estomac ?
Psy : Ah ! Des clients pareils, ça ne vaut même pas les pauvres 120€ qu’ils donnent !
Les personnages se jouent avec accent.
- Anglais pour le psy. (Donc dialogue très cool).
- Rustre et jovial pour Raimond et ponctué de quelques rots.
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