Atelier du Non Faire

10 mars 2009

De l'Art Brutal à l'Art Brut' Al

Art_Brutal___Sabas

L'hôpital psychiatrique de Maison-Blanche, aux environs de Paris. Un homme de cœur, infirmier psy, immense artiste de surcroît, a décidé de renouer le dialogue avec ceux qui font si peur a la société qu'elle les enferme comme des criminels : les «fous», les dépressifs, individus les plus profondément malheureux parmi tous les malheureux que nous sommes, car abandonnés de tous.

Comment ? Principalement en les faisant peindre. En leur fournissant toiles et pinceaux afin qu'ils s'expriment et, par là, renouent le dialogue perdu. Ce que Christian Sabas nomme «l'art brutal», c'est à dire immédiat, sauvage, de sauvegarde quand, apparemment, il n'y a plus d'issue. Il s'explique : «Face à un homme qui souffre, il y a urgence, il faut faire quelque chose, tout de suite. La psychiatrie traditionnelle prescrit calmants, enfermement, piqûres». Sabas, lui, l'installe devant un chevalet ou un instrument de musique. Mais pas n'importe comment. Avec beaucoup d'amour, d'amitié vraie, d'écoute, de contact physique. La relation à la peinture, dit Sabas, est une relation à l'autre. Si pour lui, elle s'avère très importante, à fortiori, pour les malades, elle l'est doublement. A l'entendre, on pense à Saint François d’Assise, à Mère Térèsa, à tous ceux qui ont vraiment su aimer les autres, ne craignant pas, si malades soient-ils, parfois si repoussants, nous pensons à la lèpre, au sida, de les prendre dans leur bras, de les consoler, de les toucher, ce qui est si important, surtout dans les cas de schizophrènes : «Je fais un métier très gratifiant dit Christian. Quand je pars le matin pour mon travail, je suis super content d'aller à l'hôpital psy, je vais faire le sauvage avec mon tambour. Et quand j'obtiens le sourire d'un gars jusque là complètement fermé, alors là !».


35723524_m

L'Atelier du Non Faire


L'hôpital de Maison-Blanche, comme tous les lieux psychiatriques, donne une impression assez terrible. Grands bâtiments uniformes, alignés, tristement blancs, univers concentrationnaire pour des «ça va pas la tête» abandonnés des hommes. En plein milieu, entouré d'arbres, vous êtes accueilli dans un endroit complètement farfelu, atelier de peinture, de musique (piano, batterie), où la liberté et la fantaisie sont reines, « L'hôpital nourrit un serpent en son sein» plaisante Christian avec un grand rire. Car il rit beaucoup, répand l'énergie joyeuse, donne envie à la fois de s'éclater et de pleurer. De sortir de soi. Il aime la vie.

Ses amis de «l'Atelier du non faire» l'adorent. Il dit : «J'ai le don de côtoyer « l'îlot sain» des malades». Pour moi, les grands moments de déprime correspondent à un manque d'amour qui serait nécessaire. Mais il n'y a pas assez de gens pour donner, les besoins sont trop énormes».

Il affirme : «La folie n'existe pas. A tout le moins, je la connais sous une forme «rigolote»... faire la fête avec ceux qui sont des amis... non, je ne ressens pas le côté «maladie mentale» des patients».

L'Atelier de Christian


Pas loin de Maison-Blanche, dans la campagne, une maison, des granges, un immense jardin envahi d'herbes. Là, chez un ami, Christian a trouvé un grand atelier où travailler soirs et week-ends. Il dit : «Ma vie n'a pas de sens, je vis seulement chaque jours intensément... Je suis dans la mort avec la peinture, mais ce n'est pas morbide. J'aime la «magie» de la peinture comme le dit Sylvie Kajman, quand on transforme le quotidien». Il dit encore : «je suis tout petit et tiens à rester tout petit. Caché quelque-part, je regarde l'immensité des choses de se faire et qui nous oppresse... énorme est le chemin à parcourir... juste pour mourir». Et cette phrase extraordinaire, avec de nouveau un grand rire : « Nous les noirs, quand nous voyons la lumière, elle est encore noire». Sa peinture, complètement poignante, répand la chaleur et l'humain. Un monde de personnages entremêlés, dans les tons roux d'une tapisserie. Ils vous observent intensément, invitent a se joindre à eux. C'est l'humanité dans sa marche vers la mort et la vie qui ne comprend pas.

Christian Siméon

Art_bruta_1_


Sabas a invité un sculpteur ami à exposer avec lui à l'Atelier Z. Il s'agit d’une œuvre d’une qualité exceptionnelle. Nous avons admiré, entre autres, « les ambassadeurs de la faim (fin ?), une dizaine de personnages en demande, en supplication, émouvants, qui fon appel à notre cœur, à notre humanité la plus profonde. Posent d’immenses questionnements affectifs et philosophiques. Mettent en cause la qualité de notre lien avec l'autre, notre égoïsme de survivants à tout prix (et en quoi nous responsables et frères de cette souffrance qui n'est pas la nôtre ? Quel peut-être notre rôle dans cette affaire ?).

Merci pour ce message et cette grandeur qui s'accorde si bien avec Sabas.


35723447_m

 

Les amis de Christian

 

L'Atelier du «Non faire», pépinière de talents, a fourni à cette même exposition de l'Atelier Z deux excellents artistes, Grégory Corne et Françoise Planche. Claudine Ratié, notre conseillère artistique, a trouvé leurs travaux extrêmement intéressants. Elle pense, comme nous, que d'aussi bons peintres doivent absolument persévérer dans leur travail. Notons les formes structurées d'une façon remarquable de Grégory et les merveilleuses couleurs de Françoise. Merci à eux pour le plaisir esthétique qu'ils nous ont procuré. Nous pensons accueillir prochainement d'autres amis de Christian, qui travaillent dans l'Atelier du Non Faire de Maison-Blanche.

Vive donc l'Art dit «brutal».

C. Peyron



Posté par nonfaire à 20:34 - De l'Art Brutal à l'Art Brut' Al - Commentaires [0] - Rétroliens [0]


Art Brut' Al

35723564_m



L’ATELIER DU NON-FAIRE

 

Au départ, nous explique Ismail Konate, les activités de l’atelier du Non-Faire étaient centrées sur la prévention et les soins des personnes en souffrance psychique.

Mais les souhaits, dans le but d’une réinsertion, ont évolué et sont actuellement :

- d’une part, que les personnes concernées participent à l’organisation des événements artistiques ;

- d’autre part, sortir le Non-Faire de « l’Art Brut », dont les institutions ont trop tendance à qualifier ses travaux, alors qu’il s’agit de la simple histoire de citoyens faisant de l’Art.

 

L’Art Brutal

Christian Sabas

l’évoque depuis des années.

L’artiste lambda, lui, ne demande qu’à être déjanté et, en fait, s’il a du talent, c’est qu’il l’est !

Ce qui pose au plus haut niveau le rapport entre la folie et le génie !

 

L’Art Brut’Al

Christian Sabas

, Ismail Konate et leurs amis ont décidé de créer un nouveau mouvement artistique : l’Art Brut’Al, une alternative à la brutalité de l’instant.

Il vise à démomifier et décloisonner les adeptes de l’Art Brut. Et permettra de dépasser son côté figé.

 

L’Art Brut est devenu un mot encadré par un discours médical, dit

Christian Sabas

, quand il n’y a personne pour dénoncer la malversation d’une psychiatrie satisfaite d’elle-même alors que rien n’est fait.

A l’inverse, l’Art Brut’Al apporte des exutoires aux artistes qui souffrent. Il permet de mobiliser quantité de gens, familles, sympathisants…

 

Il a pour but de mettre l’individu en souffrance psychique dans une situation normale : par exemple, comme n’importe quel artiste, à travers la pratique de son art.

Cette possibilité d’agir, présente au Non-Faire et voulue par Christian et Ismail, n’existe nulle part ailleurs car, en se confrontant à la réalité, ces deux-là ne se contentent pas de paroles. Ils s’activent tous les jours dans ce qui touche l’homme : un vrai travail de terrain, dans les lieux conviviaux comme les cafés ou l’Atelier Z.

 

Il faudrait donc obtenir des pouvoirs publics qu’ils aident les individus à sortir de leur situation de malades. Par exemple, leur donner la possibilité d’aller travailler, entre autres d’assister à leur vernissage… même si des soignants bien intentionnés s’y opposent.

Le but étant de rompre l’isolement et d’avoir une expérience avec les autres.

 

L’Art Brut’Al ne veut plus d’Art Thérapie mais que tout artiste, d’où qu’il vienne, soit reconnu en tant que tel.

Que son travail ne soit pas qualifié uniquement d’Art Brut, ce qui le limite.

Le problème de base, c’est d’arriver à rompre le lien entre Art et maladie.

 

A l’inverse, ne pourrait-on aller jusqu’à dire qu’il y a un côté déloyal à présenter des artistes ordinaires, équilibrés, raisonnables, donc limités, avec des déjantés ? Les malheureux limités seront écrasés par les tenants de l’Art Brut’Al !

Chez les artistes, s’exclame Ismail, la normalité devrait être un motif de licenciement !

 

Propos recueillis par Christiane Peugeot, adepte inconditionnelle du nouveau mouvement

Posté par nonfaire à 20:36 - L'Art Brut'Al - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

23 novembre 2009

"Chez le psy" par Paco

Chez le Psy
Pièce en trois épisodes
Paco


ÉPISODE 1 :
Raymond et un inconnu sur le banc.


Raymond : Excusez-moi, Monsieur, je vois que vous lisez un article sur la psychanalyse.

Inconnu : Oui, oui, je suis moi-même en analyse.

Raymond : Ha ! Avez-vous une grave maladie ? Si ce n’est pas trop indiscret.

(L’homme regarde avec étonnement Raymond)

Inconnu : Grave, grave, tout est relatif, mais quand je sors de chez le psy, je vais mieux.

Raymond : Vous voulez dire qu’il n’a toujours pas trouvé ce que vous aviez et que vous venez souvent ?

Inconnu : Deux fois par semaine.

Raymond : Deux fois par semaine et toujours pas guéri ?

Inconnu : Comme vous dites, toujours pas guéri.

Raymond : Et ça fait mal l’analyse ?

Inconnu : Parfois je sors pire qu’en y rentrant.

Raymond : Alors, pourquoi continuez-vous à y aller ?

Inconnu : Parce que parfois, çà me libère de parler de ce qui me préoccupe, mais quelques fois la douleur est tellement intolérable, je ne devrai pas vous le dire, j’en pleure.

Raymond : Faut pas vous mettre dans des états pareils. Moi, dans ce cas là, je descends deux étages et je vais chez ma concierge, elle me fait la causette, on boit un coup et tout de suite ça va mieux. Si vous dîtes que c’est tellement douloureux, je ne sais pas si je vais le voir, le psy.

Inconnu : Quand je sors et que ça ne va pas, je suis obligé d’écouter mon chanteur préféré : Billy Halldol, matin midi et soir, assorti d’un petit Tercian.

Raymond : Depuis que j’habite Pigalle, quand je vais mal, je préfère me détendre au fast-foutre…

Inconnu : C’est une thérapie comme une autre, ma foi.

Raymond : En tout cas, je fais de drôles de rêves. Des rêves dont, le plus souvent, je n’ai aucun souvenir, mais qui sont tellement terrifiants que je me réveille en sueur.

Inconnu : Mais justement parlez-en à un psy. Je vous conseille le mien, il est très bon c’est le meilleur sur la place de Paris.

(Raymond, baissant la voix et s’approchant de l’oreille de l’inconnu)

Raymond : Vous savez, j’ai vu un voyant qui avait délaissé le marc de café pour le marc de bourgogne. Et bien il m’a dit que j’étais possédé par un esprit mauvais.

Inconnu : Un mauvais esprit, vous dites ? Et alors ?

Raymond : Il m’a fait tellement fait peur que ça a fait fuir l’esprit je crois. Il voulait même me faire exorciser, mais le mauvais esprit s’est volatilisé en moins de deux.
Vous qui voyez si souvent le psy, il n’a toujours pas trouvé le remède miracle comme mon marabout, je veux dire une belle trouille. Je me vois mal venir dix ans pour des cauchemars sans aucune solution. Voyez, quand ça va vraiment mal, quand je ne vois plus d’issue, lorsque c’est la chienlit, il faut les grands moyens. Chez Renée : je descends chez elle et on vide quelques bouteilles. Après, croyez-moi, je ne sais plus si je suis assis ou de bout et je ne me souviens plus de ce que j’ai fait en me réveillant.

Inconnu : Moi je ne supporte pas l’alcool et mes idées sont toujours là, obsédantes.

Raymond : Si elles sont obsédantes, pourquoi y allez-vous, si vous voulez arrêter d’y penser ?

Inconnu : Je sais bien, mon bon monsieur, mais qu’est-ce que vous voulez, c’est plus fort que moi. Remarquez, les choses vont quand même mieux qu’au début et dans mon esprit, avec l’aide de monsieur Lemoine, mon psy, une petite lumière guide mes pas.

Raymond : Etes-vous sûr que c’est un bon médecin, ce monsieur Lemoine ? Car, comme on dit, il y a de mauvais boulangers… et de plus, l’habit ne fait pas le moine.

Inconnu : Je vois que vous avez de l’humour.

Raymond : Mais dites-moi, si vous le voyez depuis tellement longtemps et qu’il n’a toujours pas trouvé ce que vous aviez, ne vous prendrait–t-il pas pour une vache à lait, voire un pigeon ?

Inconnu : Comme vous y allez ! Je vous ai dit que c’était le meilleur psy de la place de Paris !
Vous m’avez dit de ne jamais vous rappeler les cauchemars qui vous faisaient réveiller en sueur, mais est-ce qu’il vous arrive de vous rappeler parfois de quelques rêves ?

Raymond : Ca m’arrive, quand je rentre dans un état potable de chez Renée. Je me souviens d’un rêve, c’était une bouteille de vin, ce devait être un Pétrus d’une bonne année. Elle était à moitié vide …

Inconnu : Justement, voilà un point important, vous venez de dire quelque chose d’importantissime. Rappelez-vous, était-elle à moitié vide ou à moitié pleine ?

Raymond : Dans mon esprit, elle était à moitié vide, mais je ne suis pas sûr d’être celui qui l’ait vidée.

Inconnu : C’est important. Etiez-vous triste ou impliqué dans cette bouteille ?

Raymond : J’étais plutôt triste, puisque maintenant je m’en souviens. Je l’avais payée au prix fort et, de n’être pas sûr d’en avoir le goût, c’était du gâchis. Et tout à coup ça a tourné au cauchemar dans ma tête. J’ai été obligé, pour m’en remettre, d’aller en déboucher une autre.


ÉPISODE 2 :
Raymond et Renée


Renée : Bonjour Monsieur Raymond, je viens de faire le ménage chez vous et vider les cadavres de la veille. Dites donc, vous avez dû faire la fête hier soir ?

Raymond : Des cadavres, des cadavres, quand je suis sorti ce matin il n’y avait pas un seul quidam chez moi. En fait j’ai tellement mal au ventre que je vais prendre rendez-vous avec un psy.

Renée : Ça soigne les maux de ventre ces « bêtes » là ?

Raymond : En tout cas, pour celui-ci on m’en a dit le plus grand bien.

Renée : Entrez donc chez moi, j’ai pas de Maalox, mais mieux que ça et meilleur que tous les produits qu’on pourra vous vendre en pharmacie. Je viens de recevoir un petit vin d’Anjou, de derrière les fagots dont vous m’en direz des nouvelles.

Raymond : Vous chauffez au bois ? En tout cas, c’est pas de refus ; il commence à faire chaud et je commence à avoir soif.

Renée : Alors comme ça vous allez voir un psy ?

Raymond : Et oui, avec mon sommeil difficile, mes maux d’estomac et mes pensées négatives depuis que j’ai quitté le Rouergue…

Renée : Moi, je sais ce qu’il vous faut.

Raymond : Ah oui, et quoi donc ?

Renée : Mais c’est évident, c’est une femme qu’il vous faut, qui vous comprenne, qui vous soigne, qui partage vos joies et vos peines. Sans me vanter, je crois être la femme de la situation.

Raymond : Je ne voyais pas la chose comme ça ! ( En aparté). Mais, ne laissons pas refroidir ce p’tit vin. A la bonne votre. Ah, là tel que vous me voyez, je suis prêt à affronter le psy. J’ai pris une bonne douche, changé de p’tit linge et mis mon costume du dimanche, comme je vous le dis, prêt à l’affronter.

Renée : Vous êtes sûr que je ne ferai pas l’affaire. Je finirai bien par vous convaincre, cher Raymond.

Raymond : C’est fort gentil à vous mais vous savez, ma femme m’en a tellement fait voir qu’à présent je n’y crois plus. (Il est bon ce petit vin).

Renée : Je vous l’avais dit, c’est une commande spéciale.

Raymond : Comme c’est la première fois que je vais le voir et qu’on m’a dit que ça pouvait durer longtemps, j’ai pensé à lui apporter quelques produits du pays dont un saucisson pur porc fait masure.

Renée : Je ne sais pas si c’est dans les usages de la capitale, mais pourquoi pas.

Raymond : En tout cas, ça brisera la glace et peut-être qu’il offrira l’apéritif comme ça se fait par chez moi.


ÉPISODE 3 :
Chez le Psy


Raymond : Ca fait une demi-heure que j’attends… Si je suis venu, c’est sur la recommandation de quelqu’un qui m’a fait l’éloge de vous. Oh ! Mais c’est beau chez vous, ces peaux de zèbre sur le sol et ces têtes d’animaux sur les murs. Vous faites vétérinaire aussi ou peut-être empailleur ?
Psy : Non, non, rassurez-vous, en fait, je m’applique à donner un sens à la vie des personnes qui sont dans l’expectative, parfois angoissées par le futur. L’existentialisme en somme. Bien, allongez-vous sur le canapé.

(Raymond commence à délaçer ses chaussures)

Raymond : Je peux garder quand même mes chaussettes.

Psy : Mais oui, mais oui, ça ira comme ça. Bon, allongez-vous, si vous voulez, fermez les yeux et essayez d’aller loin dans vos pensées. Trouvez quelque chose qui vous a marqué quand vous étiez petit.

Raymond : Je vous raconterai bien, avec plaisir, quand la chatte de la maison a eu des petits et comment mon père les a noyés, mais c’est sans intérêt. Pour l’instant ce que j’aimerai savoir… combien coûte la consultation ?

Psy : Nous en parlerons à la fin. Justement vous avez évoqué votre père, racontez-moi quel genre d’homme était-il ?

Raymond : Bah, c’était un homme quelconque, mais bon, est-ce qu’on va parler de mon père, que Dieu ait son âme, ou bien du mal qui m’empêche de digérer agréablement le Pétrus ?

Psy : Vous savez, cher Raymond, je suis psychanalyste, je traite les maladies de l’âme. Si vous avez des problèmes avec l’alcool, il faut consulter un confrère psychiatre, c’est plus dans ses cordes.

Raymond : On m’aurait mal aiguillé ? Pourtant le monsieur sur le banc m’a dit le plus grand bien de vous. Remarquez, le pauvre me disait, et je ne devrais pas vous le dire, qu’il faisait les mêmes rêves d’angoisse à longueur de nuits et que même s’il trouve que vous êtes un bon praticien, il lui arrivait de pleurer et de se sentir plus mal… pire en sortant qu’en rentrant chez vous. Vous ne trouvez pas qu’il serait temps de faire quelque chose pour lui ? Moi, je lui ai raconté ma vie, lui la sienne et je l’ai senti au bout du rouleau, et être au bout du rouleau au printemps c’est vraiment triste.

Psy : Qu’est-ce que vous attendez de moi ?

Raymond : Je pensais que vous alliez me le dire… le toubib c’est vous!

Psy : Laissons de côté ce monsieur, que par ailleurs je connais bien et qui ne va pas si mal que ça et parlez-moi de vous, bon sang.

Raymond : Oh, là, doucement, n’élevez pas le ton avec moi. On n’a pas élevé les chatons ensemble, à vous voir, je revois mon père allant commettre l’innommable.

Psy : Je crois que l’on va s’arrêter là et je vous conseille de réfléchir, de vous rhabiller et aussi de penser, si vous avez l’intention de revenir. Dans ce cas là, ayez des idées moins belliqueuses. Moi, tout ce que je cherche c’est à aider mon prochain et j’espère que les gens qui viennent me voir sont dans de bonnes dispositions et prêts à jouer le jeu.

Raymond : Je croyais que le docteur Knock ça n’existait plus, je m’étais trompé. Vous savez ce que je pense : c’est qu’il y a de mauvais boulangers, comme il y a de mauvais psy.

Psy : Pensez ce que vous voudrez, moi j’ai ma conscience tranquille. Pour conclure vous me devez 120 €.

Raymond : Quoi, je vous dois 120€ ? Attendez, si je compte bien, c’est presque le prix d’un Pétrus et en plus vous ne m’avez même pas prescrit du Maalox pour mes maux d’estomac ?

Psy : Ah ! Des clients pareils, ça ne vaut même pas les pauvres 120€ qu’ils donnent !
Les personnages se jouent avec accent.
- Anglais pour le psy. (Donc dialogue très cool).
- Rustre et jovial pour Raimond et ponctué de quelques rots.

Posté par nonfaire à 20:23 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,

Violette Villard - 18 avril 2008

LMP, le 14/04/08

Christian nous livre le thème de nos prochains rendez-vous de l'Olympic: "Rien ne vient de rien"

Et San Gredor répartit tout de suite sur "un Rien ne naît de rien! "
Je demande à San Gredor s'il met la naissance comme un défi au néant, comme une sorte d'adversaire viscéral et vital au " rien" que propose Sabas. San Gredor continue sur l'enfantement dans la douleur, sur la création accouchée dans une blessure.
L'être vient bien d'une déchirure, ajoute François.
C'est à l'humain de faire du Néant un Tout, de la déchirure une signature
mais dit Christian quoique que nous nous mettions à créer, à pétrir dans nos vies d'hommes, nous sommes acculés à ce néant qui nous troue et nous encombre.

Je demande à Christian s'il n'envisage pas une brèche, une effraction d'être, de cohésion, quelque chose comme une forme ou une coagulation dans ce "Rien" qui sera notre thème du 5 mai à l'Olympic.
Quelque chose comme un flagrant délit de non-rien, ou d'anti-rien que seraient nous tous, les forçats de la sensibilité, nous dans nos gestes quotidiens.

Duras avait cette belle formule pour un rien qui n'est jamais rien, à savoir : "la vie matérielle". ô combien consistante dans son anodin, ô combien dense dans sa fragile vacuité. Le tout de nos vies habité par ce rien de la vie matérielle, vie des matières, vie de nous dans nos rituels de fous.

N'y a-t-il rien qui monte du rien, rien qui se lève comme un air d'aurore, comme un souffle révolutionnaire, comme un branle-bas de la vie qui (se) démène et (se) fuit?
On parle avec des mots d'hommes, dit Joëlle. Tout ça c'est du vivant qui s'ébruite sur fond de chaos. Et cela fait sens dans le grand maelström des plus riens.

Je repense à une phrase de Miguel Bennassayag:
"Notre travail s’inscrit dans cet effort, effort non de souffrance mais de création, de joie partagée, de vie qui vainc la survie à laquelle le système veut nous asservir »

Toujours la création bée du rien, comme si le rien valait condition vitale d'accession au tonus de vivre.
Aldo Naouri dans ses entretiens sur France Culture expliquait que le petit d'homme doit absolument faire l'épreuve du vivant dans le rien, c'est-à-dire dit-il s'éprouver entre deux satisfactions primaires, ici deux biberons, s'éprouver vivant dans l'attente- même et surtout si cette attente est sans plaisir, ce sera nous dit Aldo Naouri à cette condition que l'enfant s'aguerira et commençera "la formation à la frustration"

Toute l'éducation tente de nous faire des adultes de qualité, cette qualité serait-elle de savoir son néant, savoir que nous sommes sans doute à l'instar du titre de Robert Musil des hommes sans qualité mais que c'est cela opiniâtrement qui fait notre qualité d'être au monde, vivant dans ce trou d'être et saillant de cette béance et tentant toujours en bon personnages Beckettien une remontée, une ossature ou quelque équilibre de "petit corps raide debout", toujours à deux doigts de flancher et néanmoins toujours en train de sursoir à la chute.

Je demande alors à Christian si dans ce chaos génésique, cette matrice d'un rien-tout à scupter s'il n'y a pas une mémoire impersonnelle, celle trans-individuelle, celle qu'on pourrait dire la mémoire de l'humanité qui se creuse et grossit et s'enfante.

Joëlle voit bien que nous dansions la chose en lamentos de femmes ceintes d'un ventre de chiffons qui offriraient leurs parures d'haillons au public telle une création instantanée faite à partir de rien.

Comme un homme qui marche sur le sable et que la mer efface, dont la mer recouvre les empreintes d'homme.
Alors cela me fait songer à la dernière phrase de Foucault dans Les Mots et les Choses
" Si par quelque événement dont nous pouvons tout au plus
pressentir la possibilité, mais dont nous ne connaissons pour
l'instant ni la forme ni la promesse, ces dispositions basculaient,
comme le fit au tournant du 18eme siècle le sol de la pensée classique,
alors on peut bien parier que l'homme s'effaçerait, comme à la limite
de la mer un visage de sable"

LMP, 14 avril 2008, 10h12h,
Violette Villard

Posté par nonfaire à 20:28 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Violette Villard - 18 mars 2008

Tendre les écarts du Sujet: Le Pari d'une séduction peu banale

"Nos identités sont toujours d'ailleurs", mars 2008

Ce matin nous revenons sur le texte de Christian :
"le je camoufle l'identité" écrit-il,
je lui demande de préciser ce qu'il met sous ce je si loquace,
le je n'est-il pas d'apparat ,
le masque transitoire de nos identités de pas sage
mais sous le masque qu'y a-t-il ?

Des flux d'organes, une grande mêlée de forces,
l'infinie ressource du vouloir-vivre créateur écrivait Nietzsche

L'homme pourrait-il se vivre démasqué
et cela serait-il même viable un homme nu ?
Joëlle rattrape le je au vol et lui adjoint la conscience.
Mais Xavier ne s'y fie guère: - la conscience est toujours opaque.
Faut pas s'y fier. Faut pacifier

Niezsche encore: la conscience, l'intellect un simple organe.
Ce que nous appelons conscience par alibi de survie,
écrit le philosophe dans la Volonté de Puissance
"ce n'est pas un être c'est la lutte elle-même qui veut durer,
qui veut croître et prendre conscience d'elle-même"
Fragment 49 du Livre II, Morphologie et Evolution de la volonté de puissance

A quoi se fier alors?
A quel vecteur de soi,
à quel lecteur de nous
qui assure notre cohésion,
un tant soi peu identique ?

Je demande à chacun de réfléchir sur l'idée de carte d'identité.
- Nos identités sont toujours à faire, répartit Joëlle.
Que vaudrait une identité écrite une fois pour toute?
une identité sans rature sans biffure
une identité sans les scories et les saillies du temps et de la mue
ne serait-elle pas le simulacre suprême ?

vive le caviardage dit l'intrus
entendons le caviar et l'adage
qui mettent du luxe et de la poésie
à nos incarcérations majeures
vive la magie de sortir de son nom
pour happer du geste et de la langue secrète

Xavier remarque qu'il y a de l'idéal et de l'entité dans IDENTITE

et San Gredor cite la mise à mort d'Aragon
où le héros se regarde dans un miroir qui ne lui renvoie que le vide

Tout est vide, clame Brigitte

Et je pense au texte de Baudrillard sur la séduction
au vertige avec le vide dont il dit qu'elle est la grande prêtresse
La séduction est un destin
non point l'anatomie comme l'écrivait le Freud du Malaise
non point l'identité comme le pense trop souvent la psychanalyse
mais cet enchantement des formes des sortilèges et des rituels qu'est
la séduction.

Métaphysique radicale des apparences
Peut-être songe-je serait-il bon d'apprendre à jouer davantage avec
la parure de soi sans y laisser sa peau ni son coeur.

Se parer comme stratégie d'être au monde.
S'emparer de soi tel un gladiateur de son histoire.
Devenir des hommes des femmes d'histoires
Entendez qui se la jouent dans une fiction d'eux-même pour faire la
pige aux anges. Devenir des hommes des femmes historiques plutôt
qu'hystériques. Des mythologues de soi-même toujours en conquête
d'un récit à faire tanguer le réel. Tel danser la structure même du réel
pour retirer à la mort tout mouvement.

Arrêter sans doute de faire l'apologie du
dénuement et de la vérité contre les simulacres.
Devenir à bonne tonique Niezschéen
Savoir jouer d'avec ses doubles disait Sabas en début d'année ,
pour ne point être pris au dépourvu ni par excès de lumière ni par
inflation d'ombres.

Faire un pari dans la ressource de l'autre en soi et de soi dans l'autre
c'est ce que nous avons entendu au Symposium afin que le sujet assume
en toute sérénité ses dé/fis, c'est-à-dire aussi ses absences de foi, ses
propres trahisons d'avec toutes ces copies de lui-même qui ne lui vont
plus .
Savoir porter une histoire du Sujet féconde et miroitante qui n'ait
pas peur de tendre des présences sur des absences, qui sache séduire
l'absence en soi quand elle est solitude sévère et la séduire en présence,
confidence, énigme de l'autre main-tenu comme une alcôve intime de soi,
un inaliénable.

J'ai mis mon masque ce matin, me dit Joëlle.
Je suis heureuse d'être passée par la psy.

La psychiatrie n'est que néantisation, elle n'existe pas continue Xavier
La névrose, la psychose sont des liens avec la lumière.

J'aime cette idée que l'identité soit une traversée
des intensités et des couleurs d'un sujet,
comme une sismographie de soi à vitesse variable.
L'identité a repris du galon lors des actes et travaux de recherche
du Symposium de l'atelier du Non-Faire, ces premiers jours de mars.
Et l'on a pris le pouls d'un Sujet qui a changé.
Et l'on s'est soucié de Nous pour aller mieux
dans la gageure d'un monde résistant

Tour à tour mobile et identique,
cherchant à se déterminer dans un souci de soi
qui laisse l'autre prendre soin du sujet
et vice versa
et qui accueille le sujet dans tous ces virages
qui ne soient pas mirages
" ce que nous appelons le conscient et l'esprit
n'est qu'un moyen et un instrument grâce auquel
ce n'est pas un sujet
mais une lutte qui tâche à se conserver",
faisons nôtre cette phrase de Nietzsche et
continuons le tracé d'un combat !

Violette Villard: Echos du Symposium 2008, 18 mars 2008

Posté par nonfaire à 20:29 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]




Violette Villard - mars 2008

L'aujourd'hui du désir ? 06/03/08

-L'homme n'est pas encore né pour l'amour, lance Joëlle au LMP.
C'est un beau titre de livre, lui dis-je, mais s'il n'est pas né encore pour
l'amour, pour quoi est-il né ?
De quoi l'homme est-il déjà le bien né, si l'homme n'est pas encore né pour l'amour,
ne faut-il pas en déduire qu'il est prématuré de tout, du tout du réel
et qu'il y va quand même dans la roue du monde écrirait Nietzsche
privé de ce lait essentiel qui le fait humain: la lactance d'amour, mélange
de voie lactée et d'acteur d'amour.

En même temps cette phrase de Joëlle dit la langueur essentielle de la
condition humaine: notre langue d'amour n'est elle pas encore mise au monde
quand on naît -ce qui fait de nous ces irrémédiables veufs, ces inconsolés
d'une perte ante natale.

Pas encore nés pour l'amour, ou pas encore nés à l'amour, pas encore vraiment
vivant, toujours un peu dans cette dé/membre qui fait la réalité lasse et l'attente
impossible de devoir inlassablement reprendre la tâche de fabriquer cet amour qu'on
n'a pas et qu'il s'agit donc d'inventer, de sculpter ex nihilo tels des poètes du désir.

Toute la vie, toutes les rencontres, tous les paroles rien d'autre que des maïeutiques
de l'enfant Eros.
" Il n'est rien de plus simple et de plus humain que de désirer.
Mais pourquoi alors n'osons-nous même pas nous avouer nos propres désirs?
Pourquoi est-il si difficile de les porter à la parole ?..
Le messie vient pour nos désirs . Il les sépare des images pour les assouvir.
Ou plutôt, pour les faire voir déjà exaucés. Ce que nous avons imaginé, nous l'avons déjà eu.
Restent, impossibles à assouvir, les images de l'exaucé.
Avec les désirs exaucés, le messie construit l'enfer, avec les images impossibles à exaucer, les limbes.
Et avec le désir imaginé, la parole pure, la béatitude du paradis."
écrit Giorgio Agamben dans Profanations.

Mais Pierre m'a fait danser, continue Joëlle.
Et je pense à Zarouthoustra et son idéal dansant: allégresse et aisance jusque dans
l'amour du destin qu'il soit feu ou foudre, douleur ou couleur.
Vouloir le tout de ce qui est et devient, vouloir la nécessité
avec une vue d'alcyon, passer du chameau au lion
puis du lion à l'enfant funambule, danseur de cordes.
Vouloir ce qui nous veut, impavide amor fati !

Le pas encore de Joëlle continue sa danse loin dans mes yeux et je le retrouve sous
la plume de Jacques André dans son texte Les Folies minuscules.
Que demandons-nous toujours à l'autre qu'on aime,
un encore de temps avec lui,
un encore volé à l'avenir ou au passé
pour mettre le présent en perspective.

Un encore qui féconde toute l'attente d'un aujourd'hui.

Si l'homme n'est pas encore né pour l'amour,
l'est-il davantage pour le temps?
L'homme est-il né au temps, à temps ? Bien entendu que non.

Et pourtant. Pour le temps, à la question d'un journaliste qui lui demande
Où en êtes-vous? Michel Foucault avec son habituelle sagacité a cette répartie:
-Où je suis ? Je vous répondrai : Aujourd'hui!
Le rôle du philosophe n'étant plus, loin s'en faut, d'être le théoricien de la totalité
mais le diagnosticien d'aujourd'hui !

Violette Villard
LMP, Mars 2008

Posté par nonfaire à 20:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Le moindre geste par Sandra

FERNAND DELIGNY
Le moindre geste

Sandra (stagiaire éducateur spécialisé)

Que reste t il de ce film non pas vu mais vécu bien au-delà de cette projection.
Il existe des premières fois.
Celles des sens.
Je me souviens exactement du lieu, de la personne assise à côté de moi, de ce que je lisais en attendant les premières images, de fragments en noir et blanc, de malaise diffus, de mise en condition passive contre laquelle je hurle mais qui reste chuchotement.
Il a existé une première diffusion du Moindre Geste à l’Espace St Michel il y a quelques années passée complètement inaperçue. Les projections « nues » sont de toute façon rares puisque étouffées. Ce même cinéma audacieux qui programmait dernièrement La vie est une goutte suspendue de Hormuz Kéy, en marge des circuits superproduits, ne se révèle qu’à ceux qui gardent les yeux grands fermés.
Initiateur de réseau, créateur de circonstances d’aucuns voient en Fernand Deligny un pionner de l’éducation spécialisée d’autres un homme de contours, homme de l’ombre, homme de voix.
Je me souviens qu’en débutant ma formation d’éducateur spécialisé (comme le terme est pompeux et vide de sens car spécialisé en rien justement) j’avais ces quelques lignes en tête:
« Educateurs qui êtes vous ? Formés, comme on dit, dans des stages ou dans des cours nationaux ou internationaux, instruits sans aucun souci préalable de savoir si vous avez dans le ventre un minimum d’intuition, d’imagination créatrice et de sympathie envers l’homme, abreuvés de vocabulaire médico-psychologique et de techniques esquissées, on vous lâche, pour la plupart enfants issus de bourgeois, encore tout encoquillés dans vous-mêmes, en pleine misère humaine. »
La réalité d’une formation en école sociale je n’ose à peine la décrire tant elle défigure. Transmission de savoir, rapports hiérarchisés, uniformité du langage, réflexions aseptisées. Je me souviens de ce cours sur la Loi du 02 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico sociale où enfin l’usager était placé était au cœur de son projet, acteur de sa prise en charge. Mais qu’en est il justement dans les institutions en particulier du désir de ces gens là ? Sont ils réellement entendus ?
D’errances circulaires en force centrifuge, d’incessantes répétitions en tranquillité vacillante Deligny nommait ça l’Agir pour Rien.
Les enfants accueillis à la Grande Cordée (lieu de vie situé dans les Cévennes) explorent le vaste champ des possibles, libérés des milieux fermés dévorants. « C’est pourquoi il faut fuir la réussite de l’institution car elle ne peut qu’être répressive et conforme à l’ordre bourgeois et à la morale bien pensante. Récupérée, la réussite se retourne en contrainte et va servir de justification à l’immobilisme.»
La tentative de Deligny est un rassemblement de personnes en recherche d’un projet fondé dans un commun rejet des institutions d’enfermement et des institutions hiérarchiques, mais aussi des traitements médicamenteux et de toutes les mesures qui consistent à faire du symptôme vital une erreur temporaire qu’on peut faire disparaître rapidement.
S‘échapper de cette salle du Ciné 104, nous fûmes plusieurs à le faire, à chercher une nouvelle respiration, des vagabonds d’âme l’espace d’un instant.

Posté par nonfaire à 20:31 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Les dires et les tendances par W

Le 4/12/07, des dires et des tendances

J’écoute hier soir Nicolas Grimaldi sur France Culture,
il parle en poète de la musique de nous, du tempo de nos
âmes. L’être est tendance, dit-il et cela sonne comme une
allure, toujours l’être tend à croître, persévérer, continuer,
toujours le féroce appétit de tenir, je me demande si transposé
dans le domaine de la psychiatrie, nous pourrions dire que même
le délire la folie sont une tendance de l’humain dans l’égaré et l’écartelé,
une tendance qui ne va pas dans le bon sens si tant est qu’il existe.
Mais quel est le bon sens, est-ce un sens que l’on fonde après exercice de raison ou est-ce un sens commun peu fiable au demeurant ?

Crois-tu que les autres aient le souci du grave, le sens aigu de l’anodin, crois-tu
que les autres aient le sens des extrêmes, demande Vincent. Crois-tu que le bon sens soit dans la solitude du cœur ?

Christian dit bien que nous avons tous la même ligne, la même très fine,
un filet qui nous mène au mourir et tous embarqués nous allons bon ou
mal dans cette tendance qu’est la vie à se maintenir. Quand cela déraille-t-il, quand cela ne s’y tend plus, est-ce à trop foisonner est-ce à trop s’isoler ?
Comment rester robuste dans les précaires attentions de la vie au réel ?

Dans cette tendance, Grimaldi mettait l’attente, nous sommes des tendances
sans cesse pris dans l’assaut de l’attente. L’attente notre dévastation, écrivait Heidegger. L’attente notre conscience. Savoir l’acheminer, se placer à la racine des temps qui montent et nous font sentir l’épaisseur d’une durée. Musique des racines. Euphorie des avenirs.
Savoir produire son attente comme on travaille au reste, travailler l’attente comme un concret, comme un univers en soi, celui de toutes nos fluctuations de tous nos rebrousse-poil, de tout ce qui vient nous pousser en avant en même temps que nous pétrifier à mort. A tendre : recueillir le tendre dans toute sa souplesse et la tension dans toute sa délicatesse. Attendre : savoir faire le tendre en soi. Savoir faire l’autre tendre. Conquête des patiences. Lutte au sommet des
Impatiences.

Fragment 268 du Gai Savoir, Qu’est-ce qui rend héroïque : S’avancer simultanément vers sa plus haute souffrance et sa plus haute espérance.

Savoir parfois ne pas bouger, ou bouger comme une sentinelle, faire le guet des temps qui nous encombrent pour médire les mollesses, les inerties et se mettre à l’œuvre, au dire des vitesses, des courants, s’atteler à l’attente en toute impatience avec hardiesse et héroïsme . Sans doute savoir attendre, s’attendre au même titre qu’attendre l’autre, le cours de l’autre c’est la seule course de fond de toutes nos existences. Ultimité. Extrême urgence. Réconciliation des tempos. Ecouter, parler, écouter la parole parler, écouter l’attente se dé-tendre, faire le vivant dans tous les laps, les blancs, les ascèses de soi en suspens, venir partager les pas de nos parenthèses, les frénésies de nos haltes, transfigurer à foison l’attente en suspense, devenir des enquêteurs du temps, un atelier de philosophie qui serait un atelier des dires, c’est le nouveau nom que propose Christian pour ne pas se laisser violenter par la lourdeur des concepts.

Toujours se tenir aux aguets du mouvement de la pensée, toujours suivre l’attente des courants et accompagner la valse des idées tel un danseur de cordes, tel un jongleur d’élan.

Atelier Z, 10-12h,
vv

Posté par nonfaire à 20:31 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]

Roma par Richard

ROMA

Rome ville ouverte. Ouverte aux caprices, au vent, aux touristes de toutes régions, de tous pays. Première fois que je foule ton sol. Aucune idée préconçue, seulement que tes habitants ont le verbe haut. Ils ont dans leurs paroles et dans leurs gestes, la chaleur de la Méditerranée et aujourd’hui le soleil inonde la ville, réchauffant les corps et les cœurs.
Petite partie de footballs improvisée. Nos corps n’ont pas touché une balle depuis des lustres et nos gestes sont parfois imprécis, mais l’enthousiasme est là tous voulons du beau jeu. Rome tes monuments depuis la louve antique jusqu’à tes équipes de football, la Lazio et la Roma qui toutes les semaines ses habitants se passionnent pour elles.
Et puis hier, un magnifique spectacle. La salle s’est remplie, les lumières se sont éteintes, un écran diffusant des images subaquatiques d’une eau bleue remuante et tes enfants déshérités nous ont fait admirer un ballet de fauteuils roulants. Des costumes de toutes couleurs, de toute beauté.
Pour quelques uns d’entre nous la langue était une entrave. Mais les intonations, les gestes, les remous ont fait vibrer nos cœurs. Des personnes qui nous font parfois détourner notre regard, ont su gagner notre estime. Une histoire entre Ulysse et Shakespeare ai-je crû comprendre. .. Toutes les personnes sur scène se sont surpassées pour nous surprendre. La preuve, les scènes étaient entrecoupées d’applaudissements nourris et mérités. Ces handicapés ont droit au meilleur de notre part.
Rome ville ouverte ne te referme jamais.

Richard 08-11-2007

Posté par nonfaire à 20:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,

Violette Villard - 10 septembre 2009

ANF le 15 septembre 2007

Alerte à l’opinion : une alternative en danger !

L’Atelier du Non-Faire (ANF) lieu d’expression artistique destiné à la prévention, au soin et à la réhabilitation des personnes atteintes de troubles psychiques est menacé.
La situation s’est durcie ce week end lors des journées européennes du patrimoine où l’EPS de Maison Blanche a donné un avis défavorable à la participation de l’ANF aux journées du patrimoine
L’ANF a été créé par Christian Sabas, infirmier psychiatrique, en 1983, au sein du bâtiment 53 de l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche, sis à Neuilly-sur-Marne.
L’Atelier du Non-Faire propose un accompagnement des patients vers leur propre autonomie, une réappropriation d’une identité autre que médicale. L’ANF travaille depuis 25 ans à une alternative à la psychiatrie lourde.
En plein débat sur la validité ou pas des hopitaux-prisons et dans une société qui ne cesse de se chercher des alternatives à l’internement ou à l’enfermement, il est à déplorer que lorsque cette alternative existe depuis plus de vingt ans et avec brio on s’évertue à la museler ou à l’annihiler.
L’association de l’Atelier du Non-Faire et le GEM des amis de l’Atelier du Non-Faire se mobilisent et font appel ce jour à l’opinion publique pour défendre les droits des usagers et la préservation de l’Atelier du Non-Faire.
Ce lieu d’activités (peinture, musique, écriture) auquel participe chaque jour une trentaine d’usagers est aujourd’hui depuis la fermeture progressive de l’hôpital de Maison Blanche en sursis d’existence.
C’est toute une éthique, toute une démarche qui sont mises en péril.
En effet la politique de délocalisation du site hospitalier de Neuilly-sur-Marne prévoit la redistribution des différents services de soin dans des secteurs parisiens sans prévoir une décision officielle concernant le statut et le devenir de l’Atelier du Non-Faire.
Ce parti pris manifeste clairement la négation de la valeur artistique de l’Atelier du Non-Faire dont le patrimoine comporte pourtant des milliers d’œuvres de patients qui depuis 1983 y ont laissé la trace et l’empreinte de leur humanité.
Dans ces conditions, la Direction de Maison Blanche ne donne aucune assurance quant à son engagement dans la garantie d’une conservation de l’Atelier du Non-Faire. Cela signifie-t-il que le patrimoine de l’Atelier du Non-Faire est voué à la caducité ? Par delà la symbolique que représenterait la destruction d’un tel lieu, se posent de prime abord les enjeux éthiques que l’Atelier du Non-Faire incarne.
Le pavillon 53 de l’hôpital psychiatrique de Maison Blanche ne peut-il être préservé en tant que lieu classé patrimoine culturel et artistique ainsi que la ville de Venise l’a institué pour son asile de l’île de San Servolo, reconverti en Musée de la Folie recluse?

violette villard, Atelier du Non-Faire 10/09/07

Posté par nonfaire à 20:33 - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,